Élodie Gaden (novembre 2005)

Figures de style

Nous présentons ici quelques figures de style : une définition extraite le plus souvent du Gradus, agrémentée d'exemples tirés d'oeuvres littéraires.

Le site fr.wikipedia possède une page consacrée aux Figures de Style, avec de nombreuses définitions (mais sans exemples).

Les figures de style permettent des changements de sens. Autrement appelés tropes, il s'agit de figures par lesquelles on fait prendre à un mot une signification qui n'est pas la signification initiale.

La métaphore
Contrairement à la comparaison, qui consiste à comparer deux éléments à l'aide d'un mot de liaison ("comme", "tel"...), la métaphore compare de façon implicite. Il s'agit d'un trope par ressemblance.
Exemple : "une perle" : si on dit à quelqu'un qu'il est "une perle", on veut mettre en évidence sa qualité, sa perfection (car la perle, par sa forme ronde, évoque cette même qualité).
La métaphore filée consiste à développer une métaphore sur plusieurs lignes ou sur un paragraphe entier, afin de donner plus de pouvoir imageant à la métaphore.
La métonymie
La métonymie est souvent assimilée ou confondue avec la synecdoque. Il s'agit d'une figure de contiguïté, c'est-à-dire que l'on nomme un objet par le nom d'un autre objet en raison d'une contiguïté entre ces objets. Il y a plusieurs cas de contiguïté :
  • la cause pour l'effet : Vivre de son travail à la place de vivre du produit de son travail ;
  • la matière pour l'objet : pour désigner les instruments de musique constitués avec du cuivre ;
  • le physique pour le moral : c'est un cerveau ;
  • le contenant pour le contenu : manger toute la boîte à la place de manger tout le contenu de la boîte ; boire un verre à la place de boire le contenu du verre.
La synecdoque
Il s'agit d'une figure d'inclusion.
Il y a plusieurs espèces de synecdoque :
  • la partie pour le tout : le toit à la place de la maison ;
  • le genre pour l'espèce ou l'espèce pour le genre : gagner son beefteck ou gagner son pain à la place de gagner de quoi manger, entre autres, du pain ou des beeftecks ;
L'hendyadyn
D'après le Gradus, l'hendyadyn est la dissociation en deux éléments, coordonnés, d'une formulation qu'on aurait attendu en un seul syntagme.
Ex : Avec un sourire hardi, elle tendit une pièce et son poignet massif. Joyce, in Ulysses.
Ex : Elle et ses lèvres racontaient. Eluard.
Ex : Mais quitte envers l'honneur et quitte envers mon père. Corneille, in Le Cid.
La syllepse de sens
Figure par laquelle un mot est employé à la fois au propre et au figuré.
Ex : Brûlé de plus de feux que je n'en allumai, in Andromaque. (// antanaclase)
Ex : le sang peut signifier à la fois le liquide sanguin et/ou la lignée, la filiation.
L'énallage (nom féminin)
Echange d'un temps, nombre ou personne contre un autre temps, nombre ou personne.
On peut employer par exemple une périphrase ou la 3ème personne pour parler de soi, qui permet une mise à distance, fréquente dans le théâtre classique.
Ex : un homme sans honneur ; celui qui ...
On constate que chez Corneille, ce procédé a valeur d'ostentation : il correspond au « ille » latin laudatif, emphatique.
En revanche, Léo Spitzer a montré dans ses Études de style que chez Racine, ce procédé correspond à la mise à distance du sentiment pour une maîtrise de la passion (ex de Phèdre). Parfois associé dans la tirade à une maxime. Parfois démonstratif de distance.
La maxime
La maxime est caractérisée par :
  • le présent gnomique ou présent de vérité général
  • la détermination à valeur d'échantillon (« un »)
  • la subordonnée relative sans antécédent (= relative substantive ou intégrative pronominale)
Ce qui lui confère une valeur générale, morale collective.
Corneille, dans Les Trois discours sur le poème classique, recommande l'emploi de la maxime car elle est basée sur l'opinion générale (cf Aristote) et permet ainsi de fixer les valeurs.
L'asyndète
Absence de coordination qui a pour effet le renforcement de l'effet de contraste et/ou l'expression du désordre
Ex : Il m'a prêté sa main, il a tué le comte ;
Il m'a rendu l'honneur, il a lavé ma honte.
(Le Cid, vers 717-718)
/VS/ la polysyndète : ajout de coordinations
Parataxe
Absence de subordination qui conduit à un style haché
/VS/ hypotaxe
Le polyptote
Variation grammaticale : répétition de plusieurs termes qui ont la même racine. On utilise pour cela la dérivation.
Ex: Oui, je la haïssais (...) je l'ai haï (...) Roi des rois, la seul excuse de ce surnom est qu'il justifie la haine de la haine" (J. Giraudoux, Electre, II, 8)
Ex : Mourant sans déshonneur, je mourrai sans regret, Le Cid, II, 8.
L'oxymore
Il s'agit de l'association de deux termes contradictoires. Cela conduit à un effet de contraste.
Exemple : un Soleil Noir,
Alors que l'oxymore est une figure microstructurale, l'antithèse est aussi une figure d'opposition, mais à une échelle plus grande.
L'apostrophe
Figure du grand style, qui correspond parfois à la recherche d'un effet pathétique
Exemple : Fer, qui causes ma peine, le Cid.
L'anaphore
Répétition de termes en début de phrase ou de vers.
Exemple : J'attire en me vengeant sa haine et sa colère
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
Le Cid, Stances de Rodrigue.
Il existe d'autres formes de répétition :
l'épiphore :
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.....................¤¤¤

l'antépiphore :
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...........................
...........................
......................¤¤¤

l'anadiplose :
.....................¤¤¤
¤¤¤.....................
Lyrisme
Le lyrisme n'est pas une figure de style mais un mode d'expression qui peut orienter tel discours, comme le fait l'emploi de figures rhétoriques. On peut caractériser le lyrisme en fonction de définitions qu'en donnent trois critiques :
  • J. Gracq, repris par J. M. Maulpoix, parle d'une parole escaladante, portée toujours au paroxysme, dans une dynamique d'expansion
  • Baudelaire : tout poème lyrique opère en vertu de sa nature un retour à l'eden perdu : passé idéalisé, nostalgie.
  • Gérard Molignié : une parole de soi à soi sur soi : parole tautologique.
Proposition incidente
Segment de phrase qui s'insère comme une parenthèse.
Exemple : Si près de voir mon feu récompensé,
O Dieu, l'étrange peine!
, Le Cid
Il ne faut pas confondre la proposition incidente avec la proposition en incise : utilisé dans le discours rapporté.
Exemple : dit-il
Structure de dislocation
Procédé de mise en relief de tout membre de phrase au moyen de représentants (pronoms) qui autorisent l'anticipation ou la reprise.
La dislocation est parfois un trait d'oralité :
Exemple : (souvent chez Céline) : l'homme, il est humain comme la poule vole. Dans cette phrase, le "il" est dit "pronom anaphorique" car il reprend "l'homme".
Alors que dans il est humain, l'homme ..., "il" est dit pronom cataphorique car il annonce "l'homme".

La dislocation appartient aux procédés d'emphase qui mettent en avant un élément (autrement appelé "la thématisation")
Exemple : et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner
Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner ?
(Le Cid, vers 1587)
NB : la dislocation est à mettre en relation avec une autre structure d'emphase : le gallicisme :
Clivage - construction clivée = gallicisme
Phénomène d'extraction d'un élément à partir d'une phrase plane
Exemple : c'est le Comte qui... Exemple : c'est une chose avérée que Pierre est bête
Le chiasme
Il existe plusieurs chiasmes :
  • le chiasme syntaxique
    ex : O cruel souvenir de ma gloire passée. (Le Cid, vers 245) => figure du bouleversement.
  • le chiasme lexical : mêmes mots
  • le chiasme sémantique : mêmes idées
  • le chiasme phonique : mêmes sons
L'aposopièse
Interruption brusque, traduisant une émotion, une hésitation, une menace ...