Élodie Gaden (novembre 2005)

Maurice Rollinat

Je présente ici les travaux de recherche que j'ai menés dans le cadre de mon master de lettres modernes effectué à l'Université Stendhal, Grenoble III, sous la direction de Bertrand Vibert (Jury : Bertrand Vibert et Jean-Pierre Bobillot). J'ai travaillé pendant toute l'année 2005-2006 sur les Névroses de Maurice Rollinat.

Avant de me lancer dans ce travail, je ne connaissais pas ce poète. Je souhaitais me spécialiser en littérature moderne, et tout particulièrement la poésie décadente de la fin du XIXème siècle avec des artistes tels que Jules Laforgue pour la poésie, Gustave Moreau pour la peinture et la Danse Macabre de Camille Saint-Saëns en musique. Mon intérêt se porte tout particulièrement sur le traitement ironique et joyeux de la mort à cette période. Une "joyeuse morbidité" : voilà ce à quoi je voulais me frotter.

C'est M. Bertrand Vibert, mon directeur de mémoire, qui m'a alors proposé le nom de Rollinat, dont il connaît quelques poèmes pour les avoir analysés dans un article de la revue Humoresques.

En me renseignant, j'ai vite compris qu'il s'agissait d'un auteur vraiment très peu connu aujourd'hui, même des universitaires ou des étudiants en lettres. Cette perspective m'enchanta car je souhaitais travailler à un vrai travail de recherche minutieuse, à partir de rien en ce qui concerne la critique et les théories sur mon auteur. Cela permet d'avoir plus de liberté dans la réflexion.

Finalement, cette méconnaissance totale de ce poète est petit à petit devenue la source même de ma réflexion : expliquer les raisons de l'oubli, ne pas s'en remettre au hasard, mais chercher pourquoi il a été laissé de côté, au profit d'autres figures de la même époque...

Cette recherche me conduit par là à m'interroger sur la consistance du travail de chercheur : quels sont les objectifs d'un travail de recherche ? Consiste-t-il à réactualiser la connaissance d'un auteur déjà vulgarisé dans les études littéraires en essayant de creuser des voies nouvelles ? Au contraire, j'ai été amenée à constater l'injustice de l'histoire littéraire telle qu'elle est majoritairement conçue à travers le parcours scolaire. Une injustice au sens où l'on oublie tout un pan de l'Art, cet art non académique, fait par les petits maîtres. L'enseignement des lettres passe en effet essentiellement par l'apprentissage des "grands auteurs". Certes, il est nécessaire de les connaître, mais cet apprentissage se fait au détriment d'auteurs qui ont tout autant participé à la construction d'un sentiment de l'art.

On pourra objecter en disant que ces petits Rollinat ne sont pas connus et que c'est une bonne raison pour ne pas les apprendre ou les lire en priorité... Là consiste le rôle du chercheur - même au niveau le plus élémentaire qui soit : découvrir et faire redécouvrir des auteurs méconnus mais gagnant à être reconnus. Aussi, vis-je dans l'espoir que les générations prochaines apprendront qui était Maurice Rollinat, dans un cours sur les poètes décadents, à côté de Laforgue et de Huysmans...